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3 questions à Gilles Lecointre LE MONDE
, président d’Intercessio, société spécialisée dans la transmission d’entreprise familiales
1 – Des patrons de PME cherchent des repreneurs, et des candidats à la reprise ne trouvent pas de sociétés. Pourquoi une telle inadéquation ?
La principale difficulté réside dans le fait que la transmission d'entreprise est la rencontre de deux angoisses. L'acheteur mise son patrimoine dans cette aventure et a peur de se tromper ; d'autant que cette décision va changer sa vie. De son côté, le vendeur va perdre à la fois son statut social, économique et familial. Cette double tension est source d'incompréhension, de rencontres avortées, et donc d'échecs.
En outre, les prestations des consultants sont trop souvent inadaptées à la PME. Les juristes exagèrent les problèmes, écrivent des protocoles parfois peu compréhensibles qui créent des malentendus. Les évaluations des experts-comptables utilisent des schémas financiers adaptés aux seules grandes entreprises. Et n'importe qui peut s’improviser intermédiaire
2 – Les pouvoirs publics ou parapublics ont-ils un rôle à jouer ?
Les chambres de commerce mettent les bouchées doubles, depuis deux ans, pour sensibiliser, former les dirigeants et les repreneurs. Et les pouvoirs publics prennent des mesures pour améliorer l'environnement. Mais chacun attend l'alignement de l'imposition des plus-values sur la fiscalité immobilière. C'est-à-dire qu'au bout de quinze ans le cédant ne soit plus imposé sur la plus-value. Cette disposition, évoquée par Christian Jacob, ministre délégué aux PME dans le gouvernement Raffarin, reste à l'état de projet.
En revanche, le problème régulièrement évoqué, lié à l'impôt sur la fortune (ISF), est réel, mais exagéré. En effet, quand un dirigeant vend son entreprise, le produit de la vente est intégré à son patrimoine et donc assujetti à l'ISF ; mais cela ne concerne qu'une très
petite partie des entreprises familiales. Globalement, les questions fiscales sont secondaires par rapport aux problèmes de comportement.
3 – Les banques de données peuvent-elles aider aux rapprochements ?
Non. Notre entreprise a démarré il y a vingt ans, en créant une banque de données. Mais on s'est rendu compte que cela ne résolvait pas les problèmes. Car les cédants souhaitent garder leur projet de cession confidentiel le plus longtemps possible. Ils ne veulent donc pas rencontrer n'importe qui, car ils ne peuvent risquer de se retrouver face à un concurrent, un client, un fournisseur, ou tout simplement un repreneur inadapté. Un intermédiaire doit donc agir discrètement.
Propos recueillis par Annie Kahn
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