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Entrepreneurs : assurez l'avenir de votre société ENTREPRENDRE
Si la mode est à la création d'entreprise, le marché de la transmission offre de belles opportunités, qui malheureusement demeurent parfois sans repreneur. Des études récentes ont même montré le recul des cessions et reprises, depuis le milieu des années 90. Combien de navires laissés sans capitaine ? Entrepreneurs, sachez saisir les bonnes opportunités !
Transmettre son entreprise est loin d'être chose aisée. La preuve : de 1995 à 2002, selon une étude publiée en 2003 par l'APCE, la reprise d'entreprise a baissé en moyenne de 14%, avec de fortes nuances sectorielles. Une défaillance qui coûterait chaque année plus de 100000 emplois, nombre d'entreprises déposant faute de repreneur. 120000 chefs d'entreprise seraient sexagénaires, et près de 500000 entreprises devraient être transmises ou cédées dans les 1O ans... Un paradoxe des plus surprenants, quand on met en regard les chiffres de la création et de l'intention de créer des Français, particulièrement interrogés sur ce thème depuis l'annonce de la loi Dutreil.
Le paradoxe
de la transmission
Comment expliquer que les "vases" de la création et de la reprise ne communiquent pas ? «La transmission d'entreprise est un marché, explique Jean-Claude Spitz, président de l'Ordre des Experts-Comptables d'Île-de-France. Mais ce marché n'est pas encore assez transparent, ni assez fluide. C'est la raison pour laquelle nous avons, entre autres, créé une bourse des entreprises à reprendre.» Reste qu'il faut convaincre les créateurs d'opter pour la reprise... et les chef d'entreprise de transmettre la leur ! «La psychologie du cédant est complexe, reprend Jean-Claude Spitz. Il a besoin de garanties, il doit admettre que son entreprise va continuer à vivre sans lui. Du côté du créateur, c'est plus souvent en termes financiers que le problème se pose. Entre les deux, il y a, du coup, beaucoup de déchet.» Autrement dit, les conseilleurs ne sont pas les payeurs, et la logique strictement comptable doit en la matière intégrer une grosse part de subjectivité. Mais une étude conduite durant l'été 2003 par l'Ifop pour le Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables (CSOEC), l'Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie (ACFCI) et l'Agence pour la création d'entreprise (APCE) préfigure un
changement :
76% des dirigeants planifient
de céder leur entreprise à plus ou moins long
terme, et près des deux tiers d'entre eux sont aujourd'hui sereins. Mais à l'opposé, ceux qui ont repris une entreprise par hasard ou opportunité se disent inquiets pour plus de la moitié, à l'instar de ceux dont le reprise s'est mal passée. La dimension financière de la transmission ou de la vente, les contraintes administratives, et la crainte de ne pas trouver de repreneur — c'est le cas d'un grand nombre de commerces — figurent en tête des raisons expliquant cette inquiétude.
Transmettre
dans les meilleures
conditions...
Si, selon la même étude, seuls 24%
des dirigeants interrogés en global
ont l'intention de céder ou vendre
leur entreprise dans les cinq ans à
venir, cette proportion atteint 49%
chez les plus de cinquante ans.
Une bonne raison de
chercher les meilleurs
dispositifs, et en ce
sens, suivre les
bons conseils et
se tenir au fait
des évolutions légales est primordial. L'expert-comptable, mais
régalement des entreprises et associations spécialisées sur cette activité,
structurent progressivement le marché. Ainsi, par exemple, du cabinet
de rapprochement acquéreurs-vendeurs Intercessio, ou encore du Club des repreneurs. «Les chances de succès sont beaucoup plus élevées lorsqu'on rachète une entreprise que lorsqu'on en crée une», rappelle Gilles Lecointre, créateur du magazine Repreneur, du cabinet Intercessio, et auteur de l'ouvrage La transmission d'entreprise en pratique. Être déterminé à vendre, bien évaluer la valeur de son entreprise sur son marché, choisir le bon repreneur (donc en avoir le temps), bien négocier et être attentif aux contraintes légales sont autant de passages obligés dans lesquels l'accompagnement d'un conseil est primordial. «L'expert-comptable doit être là pour expliquer le processus, monter le dossier. Mais sa lettre de mission ne prévoit pas la recherche d'un repreneur, et il n'a pas le droit d'être rémunéré au résultat. D'où une bonne complémentarité avec les cabinets spécialisés, et l'idée de créer une bourse pour faciliter les synergies». De surcroît, ce sont également ces conseils qui seront le plus à même de détecter, pour le cédant, le candidat à la reprise, dès lors qu'il se sera fait connaître. Quant aux dispositifs légaux, ces professionnels sont également les plus aptes à élaborer et conduire les stratégies les plus adéquates : selon l'étude Ifop, 69% des repreneurs estiment que la reprise s'est déroulée facilement, en particulier lors-qu'elle a été bien anticipée.
Des étapes clairement identifiées
De l'idée (ou du besoin) à la cession ou transmission, les étapes sont clairement identifiées. Tout d'abord, l'analyse de la psychologie du repreneur comme du cédant : de la fermeté de leurs motivations respectives dépend la réussite de l'entreprise. Puis, pour le cédant, vient le temps de la préparation de son entreprise au "changement de direction" : ceci s'entend en termes capitalistique et juridique, patrimonial, financier et social. Ensuite est établi et diffusé le dossier, comprenant un état clair de la valorisation de l'entreprise. «C'est la partie la plus difficile, car il n'est pas facile d'évaluer l'évolution du marché sur lequel l'entreprise se situe. Le personnel, les clients, les fournisseurs, etc. ne sont jamais acquis», alerte Jean-Claude Spitz. D'où l'intérêt de confier cette évaluation à un professionnel, pour éviter par exemple le syndrome de «la belle petite affaire», selon l'expression de Gille Lecointre. Lequel saura aussi jouer les intermédiaires efficaces, et conduire au mieux les négociations. Il est à retenir que c'est sur ce point que le bât blesse le plus : «L'acquisition d'une entreprise passe - malheureusement - par la négociation de son prix ; je dis "malheureusement" pour au moins deux raisons : d'une part parce qu'il est toujours difficile, voire tabou de parler d'argent en France (...) d'autre part, parce qu'il n'existe pas, pour les entreprises, de "cote" objective qui permettrait de se passer d'une discussion bien pénble...», note avec humour Gille Lecointre dans son ouvrage. Au terme de cette phase préalable, la phase active consiste en la pré-selection des repreneurs, la négociation, et l'accomplissement du protocole conduit devant et par les autorités compétentes. S'il n'est donc pas indispensable de les connaître soi-même, une confiance absolue en son conseil (expert-comptable, avocat, notaire...) est à ce stade de rigueur.
Du nouveau avec
la loi Dutreil ?
Outre la création, la toute jeune loi «Agir pour l'initiative économique» du 21 juillet 2003 apporte des innovations en matière de transmission. D'une part, elle tend à réduire la fiscalité en prévoyant le relèvement du seuil d'exonération des plus-values de cession, l'exonération des droits de mutation pour les donations aux salariés (dans la limite de 300000 euros de valeur des actifs donnés), l'encouragement de la transmission anticipée - division par deux des droits de mutation si elle s'accompagne d'un pacte de conservation des titres -, et la réduction d'impôts si la reprise est financée par un prêt (réduction de l'impôt sur le revenu de 25% des intérêts d'emprunt, dans la limite de 20000 euros par an). Sans oublier qu'il est toujours possible de transmettre à ses salariés. D'autre part, elle propose des aides de nature sociale pour le repreneur à titre individuel, comme en matière de recrutement. Autant de dispositions qui devraient soutenir la transmission, et permettre de pallier le déficit de repreneurs attendu pour l'ensemble de l'Europe dans la décennie à venir. "Entreprise cherchant repreneur attend tout créateur pour débuter belle aventure..."
ANNE-SOPHIE BOULARD
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