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Le difficile parcours du repreneur LE MONDE
Des intermédiaires tentent de rapprocher les nombreux acheteurs et les cédants, beaucoup moins nombreux que ne l’affirment les statistiques. Les banques de données, préconisées par Bruxelles, ne sont pas la panacée
Les repreneurs d'entreprise seraient des gens heureux. Selon une étude de l'Agence pour la création d'entreprises (APCE), 92 % d'entre eux se déclarent plutôt contents de leur trajectoire, cinq ans après avoir pris les commandes de la société rachetée ; 42 % avouent même être « très satisfaits ».
Dans une autre étude sur « La transmission des petites et moyennes entreprises », publiée mardi 31 mai par la Banque des petites et moyennes entreprises (Oseo-BDPME), on apprend que les repreneurs sont de plus en plus jeunes et de plus en plus diplômés. Suite à des réductions d'effectifs dans les grands groupes où ils avaient fait carrière jusque-là, ou tout simplement par goût d'indépendance, ils se pressent dans les clubs de repreneurs ou autres lieux de rencontre, pour tenter de trouver la firme de leur rêve.
Mais y parvenir s'avère difficile. Souvent ils n'ont, en fait, pas le profil ad hoc. « Ils n'ont jamais dirigé de PME, et ont souvent du mal à dialoguer avec le cédant », constate Gilles Lecointre, président d'Intercessio, société spécialisée dans la transmission d'entreprises familiales.
Le club Cédants et repreneurs d'affaires (CRA), qui propose des formations de quatre semaines aux candidats à la reprise, refuse les stagiaires n'ayant pas géré un Centre de profit pendant cinq ans au moins, ne disposant pas de 100 000 euros à 150 000 euros de fonds propres au minimum, d'une forte motivation, ainsi que de l'accord de leur famille. Résultat : parmi les 1 200 dossiers reçus chaque année, un quart sont refusés. « Si on reprend une entreprise pour acheter un contrat de travail, il vaut mieux aller aux Assedic », prévient Jacques Raymond, vice-président du CRA. « Car une fois l'affaire conclue, ce sera 35 heures... de sommeil par semaine ! », ajoute-t-il.
La nécessité d'être détenteur d'une « qualification », reconnue par la profession, limite aussi l'accès à la reprise d'entreprises artisanales. On notera que cette qualification n'est pas exigée pour le conjoint survivant. Pour François Hurel, délégué général de l'Agence pour la création d'entreprises (APCE), le système idéal pour cette catégorie de firmes, serait donc d'inciter les entrepreneurs à embaucher des salariés éventuellement non qualifiés, de leur permettre de valoriser leur expérience pour qu'ils obtiennent leur qualification et soient à même de reprendre l'entreprise de leur patron. M. Hurel prévoit d'ajouter des rubriques sur le site de l'APCE dans ce but. « Les grandes entreprises reçoivent dés centaines de candidatures spontanées auxquelles elles ne peuvent pas, la plupart du temps, répondre positivement. Je voudrais que l'habitude se prenne d'en envoyer à des PME, voire à de très petites entreprises (TPE) », explique-t-il, « pour favoriser les parcours qui conduiraient un salarié à se qualifier, puis à devenu entrepreneur lui-même. »
Mais bien souvent, des candidats ayant tous les atouts pont réussir ne trouvent pas de firme à reprendre. Car le nombre de véritables entreprises à céder est bien moindre que ne pourraient le laisser croire les statistiques. Les 700 000 chefs d'entreprise dont le Conseil économique et social prévoit qu'us seront sur le départ d'ici à dix ans relèvent de catégories disparates. Si l'on élimine les professions libérales, qui souhaitent cedex leur clientèle; les fonds de commerce, qui veinent avant tout céder leur bail, comme d'autres cherchent un acquéreur pour leur appartement, ou les artisans qui ne peuvent donc vendre qu'à une personne qualifiée, il ne reste sur le marché que 5000 à 6 000 entreprises proprement dites a vendre par an. Dix fois moins qu'annoncé.
Et face à cette offre relativement faible, les particuliers se trouvent en outre parfois en concurrence avec des sociétés ou des fonds d'investissement.
PEU TRANSPARENT
Il leur est aussi difficile d'identifier les bonnes cibles, car le marché de la reprise est peu transparent. Or la solution qui consisterait à mettre en place des banques de.: données pour mieux rappr6cher cédants et repreneurs semble être une fausse bonne idée. Car les cédants ont à coeur de préserver leur anonymat, pour ne pas effrayer leurs clients, leurs fournisseurs et leurs salariés. En conséquence, « les Bourses d'affaires développées par les chambres consulaires, suivant en cela les recommandations de la Commission européenne, ne sont efficaces que pour les entreprises non identifiables », affirment les auteurs du rapport sur « L'investissement dans le non coté et la transmission d'entreprises en Europe ». Une recherche réalisée par des chercheurs de l'université de Caen.
Autant de facteurs qui devraient inciter à favoriser des solutions de reprise en interne. D'autant que, selon l'étude d'OSEO, si le taux de défaillance des entreprises reprises est élevé (il atteint une transmission sur cinq avant six ans), il est quasi nul pour les transmissions familiales et deux fois moindre lorsqu'un ancien salarié reprend les rênes.
LE PRIX A PAYER POUR DEVENIR PATRON
Selon une étude réalisée par OSEO-BDPME, à partir de l'analyse de 3 000 opérations garanties par le groupe bancaire, entre 1997 et début 2004, les prix d'acquisition seraient assez stables sur cette période. Un tiers des entreprises auraient été valorisées moins de cinq fois leur résultat net, 30 % entre cinq et dix fois, 11 % entre dix et quinze fois et 17 % davantage. Environ 10 % des firmes affichaient des pertes au moment de leur reprise. Quelque 40 % des entreprises se sont vendues pour un montant de 3 à 7 fois supérieur à leur chiffre d'affaires, et 31 % moins de 3 fois.
Aujourd'hui, les repreneurs financent une part moindre de leur acquisition grâce à des fonds personnels qu'ils ne le faisaient précédemment : dans 70 % des cas, cet apport représente moins de 30 % du montant total de l'opération. Ils recourent, en revanche, davantage à l'endettement.
Près de deux tiers des reprises d'entreprises se font via la création d'une société holding. Ce système permet, en effet, de bénéficier d'un régime fiscal avantageux.
Annie Kahn
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